vendredi 1 février 2008


Table Régionale des Organismes Volontaires d’Éducation Populaire de Montréal

ACCÈS AU TRANSPORT EN COMMUN

Une tarification sociale pour les personnes à faibles revenus :
C’est possible, c’est nécessaire!

Une tarification sociale? Pour qui?
Malgré les nombreux problèmes liés à la pollution atmosphérique, malgré la prise de conscience de plus en plus grande de l’ensemble de la population face aux problèmes environnementaux, malgré les beaux discours des éluEs sur les impacts des gaz à effets de serre, le transport en commun n’est toujours pas la mi même une priorité des nos gouvernements. Il est temps de passer de la parole aux actes en favorisant le développement du transport en commun et en facilitant son accès.

Environ 40% des Montréalaises et des Montréalais ne possèdent pas de voiture. 43% des travailleurs et travailleuses n’utilisent pas une automobile pour se rendre au travail. À moins de marcher ou de pédaler, ces personnes se déplacent en transport en commun. Il s’agit donc d’une clientèle captive qui subit année après année des hausses de tarifs… et des coupures de services.

29% de la population montréalaise vit sous les seuils de faibles revenus tels que définis par Statistiques Canada. L’augmentation des tarifs a un impact encore plus important pour ces personnes puisque leur budget subit déjà une multitude de ponctions (loyer, nourriture et vêtements, tarifs d’électricité, frais scolaires, assurance-médicaments, etc.). La grande majorité de ces ménages n’a pas d’auto. Plusieurs n’ont tout simplement pas les moyens de prendre le transport en commun. À chaque hausse de tarifs, de plus en plus de gens y renoncent.

Le transport en commun doit-il être un choix de société? Oui, sans aucun doute. Mais le transport en commun doit aussi être accessible pour tout le monde. C’est une question de justice.
Le droit à la mobilité pour tous et toutes

Les personnes financièrement moins nanties ont elles aussi le droit de se déplacer. Les petitEs salariéEs, pour se rendre au boulot, les sans emploi, pour essayer de s’en trouver un. Bien d’autres raisons sont également des nécessités : pour voir son médecin, pour apprendre dans un groupe d’alphabétisation, pour visiter sa famille, pour défendre ses droits au conseil d’arrondissement, pour se rendre à la bibliothèque municipale, pour se divertir, etc.

Les éluEs nous parlent souvent d’une ville inclusive. Ils et elles nous disent favoriser l’accessibilité aux arts et à la culture, rechercher la participation citoyenne aux affaires de la cité. Mais comment le faire, lorsque nos faibles revenus nous empêchent de nous déplacer?

De plus en plus, le droit à la mobilité est évoqué au même titre que le droit au logement. Le droit à la mobilité, c’est de permettre l’accès à l’ensemble des ressources urbaines : l’emploi, les services, la formation, la culture, les loisirs, etc. Au lieu de confiner les moins riches dans leur environnement immédiat, il s’agit plutôt de briser l’isolement. Il faut concrétiser le droit à la ville pour tous et toutes.


La tarification sociale, ça existe ailleurs…

L’idée d’établir une tarification sociale pour les personnes à faibles revenus est loin d’être farfelue. Ça existe ailleurs sur la planète et ce n’est pas si compliqué. Les prestataires de l’aide sociale ou de l’assurance-emploi peuvent facilement prouver leur admissibilité pour obtenir une carte à tarif réduit. Les petitEs salariéEs peuvent y avoir accès grâce à une preuve d’admissibilité délivrée soit par leur employeur soit par le gouvernement. Bref, il faut être imaginatif pour favoriser l’utilisation du transport en commun et le faire en toute justice.

La tarification sociale est appliquée en France. Une politique nationale tarifaire y est même encadrée par des lois. Les sociétés publiques de transport sont soumises à la loi Solidarité et renouvellement urbains. Celle-ci inclut un article qui leur impose une réduction tarifaire d’au moins 50% pour les personnes disposant de faibles revenus.

Dans la région urbaine de Lyon, il existe entre autres un tarif réduit de 75% pour certaines catégories plus défavorisées économiquement dont les personnes au chômage indemnisées ou de longue durée. Dans la Communauté urbaine de Lille, une carte permet au travailleur privé d’emploi de voyager gratuitement et une carte spéciale donne 50% de réduction pour les personnes recevant le Revenu Minimum d’Insertion. Nous retrouvons même la gratuité totale dans de plus petites municipalités (de 80 000 habitantEs par exemple).


Est-ce faisable ?

Lyon et Lille sont des agglomérations semblables à Montréal et le service de transport ne s’est pas encore effondré. Pourquoi? Les administrations publiques et les sociétés de transport ont financé ce choix collectif et les entreprises privées contribuent par une taxe. Cette vision du transport collectif fait même l’affaire des entreprises puisqu’elle règle ainsi les problèmes de transport et que, souvent, celles-ci contribuent déjà au financement en assumant le coût des titres de transport de leurs employéEs (reconnaissons que le réseau de transport est principalement structuré pour faciliter le déplacement des travailleurEUSEs).

Chez nous, rappelons l’expérience de Sherbrooke où l’université défraie la totalité des coûts du transport en commun pour les étudiantEs. Rappelons aussi que plusieurs autres sources de revenus pour le transport en commun ont récemment été évoquées à Montréal comme des frais supplémentaires pour le stationnement ou une contribution des banlieusards qui traversent les ponts autour de l’île.

La tarification sociale pour les personnes à faibles revenus :
C’est nécessaire... mais ça prend une volonté politique!


Pour information : TROVEP de Montréal au 527-1112 ou à trovep@cooptel.qc.ca.